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L’annonce était attendue. Ce réexamen sera lancé en janvier et doit aboutir «avant la fin de 2020», a annoncé la nouvelle présidente de la BCE, Christine Lagarde.

La Banque centrale va lancer en janvier une revue stratégique du cadre de sa politique monétaire, pour la première fois depuis 2003 et après des années de mesures anti-crise, a annoncé ce jeudi sa nouvelle présidente, Christine Lagarde. L’objectif est d’aboutir «avant la fin de 2020» et d’inclure dans cette réflexion «les parlementaires», les chercheurs et la société civile, pour intégrer les défis posés par le changement climatique et les évolutions technologiques, a-t-elle développé lors de sa première conférence de politique monétaire.À lire aussi : BCE: les limites de la politique de rachats de dette

«Il n’y a rien d’inhabituel ou d’extraordinaire à mener une revue stratégique. Je pense personnellement qu’elle arrive un peu tard», a commencé par affirmer la présidente de la BCE. Sur le fond, il s’agit de préciser l’objectif d’inflation poursuivi par l’institution. Depuis la précédente revue en 2003, initiée par Jean-Claude Trichet, il doit être «proche mais en dessous de 2%». L’appel à plus de «symétrie» de part et d’autre des 2 % pourrait être entendu. C’est-à-dire qu’on pourrait être proche de l’objectif, en dessous comme au-dessus.

«Toute revue stratégique par n’importe quelle banque centrale qui mène cet exercice conduit à considérer l’objectif, à définir en particulier l’objectif de moyen terme, à la manière de donner du contenu à la stabilité des prix qui est son mandat», a-t-elle développé avant de prévenir : «C’est le seul objectif que nous ayons dans notre mandat. Ce sujet sera donc effectivement essentiel et central dans notre revue stratégique. Et il n’y a pas de zone d’atterrissage préconçue à ce stade.»

«Le Conseil des gouverneurs continue de se tenir prêt à ajuster tous ses instruments de manière appropriée afin de s’assurer que l’inflation se dirige vers son objectif de manière soutenue et conforme à son engagement en faveur de la symétrie», a continué Christine Lagarde. «Nous continuerons en conséquence de surveiller étroitement l’évolution de l’inflation et l’impact des mesures de politique monétaire en cours de déploiement sur l’économie.»

Taux inchangés

Conformément à ce qui était attendu, l’ex-chef du Fonds monétaire international a défendu la politique actuelle de la BCE : «À la lumière des prévisions d’une inflation contenue, le Conseil des gouverneurs a réaffirmé la nécessité de maintenir une politique monétaire très accommodante pour une période prolongée.» L’institution a laissé ses taux inchangés avant la conférence de presse. Comme attendu, le principal taux d’intérêt a été maintenu à zéro, tandis que les banques se verront appliquer un prélèvement de 0,50% sur les dépôts qu’elles confient à la banque centrale au lieu de les prêter à leurs clients. Ces taux resteront à leur niveau actuel «ou à des niveaux plus bas» jusqu’à ce que l’institution constate un retour durable de l’inflation dans la cible de son mandat.

L’accent est désormais mis sur la mise en oeuvre du paquet de mesures décidées en septembre dernier sous l’égide du précédent président Mario Draghi, qui avait profondément divisé le conseil des gouverneurs. La BCE rachète ainsi depuis début novembre de la dette publique et privée sur le marché, à hauteur de 20 milliards d’euros par mois et sans horizon de temps, dans l’espoir de ranimer une économie plombée par les tensions commerciales, comme elle l’avait déjà fait entre mars 2015 et fin 2018.

Prévision de croissance abaissée pour 2020

Juste avant le discours, la BCE a abaissé à 1,1% sa prévision de croissance pour 2020 en zone euro. Elle devrait toutefois accélérer pour atteindre 1,4% en 2022, a annoncé Christine Lagarde.

L’inflation va remonter par ailleurs à 1,6% en 2022 après 1,1% attendu en 2020, mais en restant toujours sous l’objectif «proche de 2%» visé par l’institution, selon les premières projections portant sur cet horizon. Pour 2021, la BCE s’attend à une inflation de 1,4%, légèrement moins que lors des dernières projections publiées en septembre, tandis que les attentes de croissance sont inchangées, à 1,4%.

Christine Lagarde a relevé de premiers «signes de stabilisation» de la conjoncture en zone euro, une formule prudemment optimiste. L’ancienne directrice du FMI a tout de même jugé l’économie européenne toujours cernée par une série de «risques», dont les tensions protectionnistes. «La croissance du marché de l’emploi et les hausses de salaire continuent de soutenir la résilience de l’économie en zone euro», a-t-elle détaillé.

Un style «différent» à la tête de la BCE

Christine Lagarde a par ailleurs promis d’imprimer son «propre style». «Ne surinterprétez pas, n’anticipez pas, ne faites pas de références. Je vais être moi-même, donc probablement différente», a averti la première titulaire de ce poste à n’avoir ni formation d’économiste ni expérience de banquière centrale.

Source: Le Figaro avec AFP et Reuters